Aller-retour


Federico Miró


Loo & Lou Gallery - Haut Marais
20.03 - 30.04.26
 

Federico Miró (Málaga, Espagne, 1989) s’impose comme l’une des voix les plus prometteuses de la peinture espagnole contemporaine. Après avoir été montrée dans divers contextes en Espagne et à l’international, son œuvre est dévoilée pour la première fois à Paris à l’occasion de cette exposition. Ce moment marque une étape importante dans un parcours en pleine affirmation, porté par une réflexion constante sur le paysage, l’image et les conditions matérielles de la peinture aujourd’hui.

La pratique de Miró s’inscrit dans un temps long, fait d’observation attentive, de reprise et de construction patiente. Le paysage, axe central de son travail, n’y apparaît pas comme une forme stable ou une simple représentation, mais comme un champ de transformations. Fragmenté, abstrait et recomposé, il devient un espace de stratification où se croisent mémoire, expérience et temporalité. Chaque tableau fonctionne ainsi comme un dispositif de pensée, mettant en relation le visible et le souvenir, et engageant la matérialité de la peinture autant que l’attention active du regardeur, dans un sens proche de ce que Georges Didi-Huberman décrit comme une image traversée par des temporalités hétérogènes.

Dans un contexte marqué par l’accélération des flux visuels et la prolifération des images, la peinture de Miró instaure un geste de suspension. Les surfaces, construites par strates d’acrylique et par un réseau de lignes précises, produisent des trames qui évoquent le textile et renvoient explicitement à une logique d’artisanat. Cet artisanat affirme une pensée matérielle de l’image, attentive aux processus, à la durée et aux conditions de production, et inscrit la peinture dans une réflexion sur ses propres moyens face à l’immédiateté et à la dématérialisation du numérique.

Les compositions de Miró articulent paysages naturels, architectures contemporaines, ornements et motifs issus de traditions culturelles diverses. Fragments du quotidien, souvenirs personnels et rituels populaires — tels que la Semaine sainte andalouse — s’y agencent comme les éléments d’une mémoire visuelle recomposée. Dans les œuvres récentes, l’ancien et le contemporain cohabitent, tandis que la peinture intègre des effets de duplication, de découpe et de déplacement de l’image. Ces procédés, qui évoquent l’erreur ou le décalage propres aux images numériques, produisent un champ de résonances où le geste artisanal et les logiques visuelles contemporaines se rapprochent sans se confondre.

L’exposition propose ainsi un autre rapport au temps et au regard. Entre voiles, trames et zones d’opacité, les images résistent à la lecture immédiate et ouvrent un espace de contemplation active, où matière, mémoire et paysage se rencontrent. L’œuvre de Miró engage une expérience de la peinture comme lieu de durée et de pensée, où le regard, ralenti, ouvre un rapport plus attentif et plus sensible au monde.

— Claude Bussac, Directrice des études artistiques à la Casa de Velázquez