CHRONIQUES CHROMATIQUES
20.03.2026 – 30.04.2026
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Sans titre, 2026, Huile sur toile, 24 x 18 cm | © Johan Van Mullem
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Sans titre, 2026, Huile sur toile, 24 x 18 cm | © Johan Van Mullem
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Sans titre, 2026, Huile sur carton entoilé, 30 x 20 cm | © Johan Van Mullem
Depuis l’enfance, Johan Van Mullem dessine et peint des visages – des figures âgées, marquées, comme parcheminées – attentif à la beauté altérée des peaux que le temps a froissées. Semblant émerger d’un tourbillon de matière et de lumière, animés d’un sfumato intérieur, ces visages sans traits se déploient dans une palette profonde à travers laquelle le peintre explore une intériorité souveraine, affleurant à la surface par une lente incandescence. Les figures surgissent ainsi d’un fond obscur, comme extraites d’une mémoire trouble, archaïque, partagée par tous.
L’artiste belge s’inscrit en effet dans une tradition du visage éprouvé, travaillé jusqu’au seuil de l’effacement, où la peinture devient le lieu d’une expérience intérieure. L’altération, si ce n’est la liquéfaction, ne relève alors pas tant d’un geste spectaculaire que d’une lente et patiente excavation : réminiscences et sensations s’y mêlent incessamment, gagnées par une obscurité grave où la lumière et le mouvement deviennent les vecteurs privilégiés d’émotions enfouies, révélant l’élan d’un esprit qui excède l’apparence et laisse affleurer la part irréductible de l’existence.
Aux visages visionnaires succèdent désormais des paysages traversés de verts naissants, de bleus diaphanes et d’ocres rougeoyants, des étendues où l’œil se plaît à parcourir des milieux aquatiques, parfois ceints de falaises et de rochers dentelés formant une riche fantasmagorie de lisières, toute baignée d’une clarté retrouvée. Chaque œuvre paraît en prise avec les éléments, traversée par leur instabilité et leur souffle mouvant. Le regard y perçoit ainsi l’air humide et perlé, la densité diaphane de nuées étiolées, le frisson d’une eau sans repos suspendue à l’immensité du ciel. S’esquisse alors la trame d’un temps circulaire, étiré, où création et érosion ne forment plus qu’un. Van Mullem appose dans ses paysages une mémoire tactile, faite de ces moments d’absorption physique et de connexion au corps où s’affirme la portée épiphanique d’une peinture intensément sensible. Plénitude et contemplation en sont les maîtres mots, sans que ces toiles renoncent pour autant à l’ombre ni à la promesse d’un renouveau, prolongeant vers l’horizon cette quête de profondeur demeurée intacte.
Si la virtuosité technique de l’artiste s’est d’abord manifestée dans son travail des encres de gravure et d’imprimerie, diluées puis reprises au fil de superpositions patientes, il introduit aujourd’hui pour la première fois la peinture à l’huile dans ses réalisations. Plus lente et enveloppante, cette technique séculaire retient les teintes dans une épaisseur nouvelle, inscrivant alors ses peintures dans une inédite chronique chromatique, là où s’écrivent toutes les couleurs du temps.
– Maud de la Forterie, journaliste et historienne de l’art














































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































