TOILES VIVANTES

Lydie Arickx

Haut Marais 
Du 18.09.19 au 26.10.19
Atelier
Du 18.09.19 au 26.10.19

Lydie Arickx dessine et peint avec une violence qui est en fait plutôt une hypersensibilité expressive. Elle ne craint pas de faire et voir grand, travaillant avec tous les moyens qui lui semblent bons, que ce soit brosses, balais, ses mains. Il faut qu’elle puisse faire corps à corps avec ses œuvres et la création est une lutte, une sorte d’accouplement avec la matière et les éléments.

Elle travaille sur le motif, selon l’expression consacrée, et reprend ensuite ces inspirations dans des oeuvres faites à l’atelier.

La production de Lydie Arickx est faite de tout ce qui est ainsi saisi dans la confrontation immédiate au monde et à l’humain. Des œuvres à grande échelle, peintures ou sculptures, sont ensuite élaborées, développées, à partir de ces moments privilégiés de communion avec l’objet et l’expérience.

Ses grandes peintures sur kraft de corps humain en dissection ou sa Grande mer sont autant d’exemples de ces développements à des échelles étonnantes de ces expériences avec toute leur intensité. Ce qui frappe le plus dans ce va-et-vient entre les expériences et leur reprise dans l’atelier, c’est chaque fois, à chaque échelle pourrait-on dire, une sincérité et une vérité qui disent la présence totale, com- plète, de l’artiste à ce qu’elle ressent. Chaque moment du travail a sa propre finalité, même s’il sera ensuite repris, réinjecté dans une autre expérience. Il y a là une manière d’être de l’artiste qui ne s’improvise pas, qui n’est probablement même pas spontanée mais provient d’une ascèse, d’une conquête de soi et de sa sensibilité.

Ce qui frappe aussi, c’est que la force du sentiment n’enveloppe rien qui relève du pathos, de l’excès d’affect qui émousse tant de démarches expressionnistes. Les dessins de corps disséqués, pour prendre l’exemple le plus périlleux, sont d’une force exceptionnelle mais témoignent aussi d’un refus évident du mortuaire et du macabre. Ce sont de pauvres corps humains transfigurés par la vision de l’art, portés à une autre réalité par le regard de l’artiste. Il y a là, comme dans les dessins de paysage, un sentiment lyrique : le sujet déclenche dans l’artiste une vibration qui débouche sur une transfiguration et cette transfiguration ne nous met plus en présence de tel ou tel corps mais de l’humain et de la vie en général. Encore une fois, je voudrais renvoyer sur ce point à Rebeyrolles et Dodeigne. Chez aux aussi, la danse macabre devient la manifestation de l’humain en général. Chez Arickx, ce sont pareillement les éléments, la nature, la vie qui viennent à la manifestation à travers un tempérament de feu et de glace.

Yves Michaud