NATURE //NATURES

Exposition collective

 

ARGHAËL // LYDIE ARICKX // FLO ARNOLD // DOMINIQUE LACLOCHE // CEDRIC LE CORF // CHRISTOPHE MIRALLES // JOËL PERSON // PAUL DE PIGNOL // OLIVIER DE SAGAZAN // JOHAN VAN MULLEM // JEAN CLAUDE WOUTERS

 

Loo & Lou Gallery Haut Marais
23.09 - 12.11.2022

« Nous vivons » tel est le titre du premier manuscrit publié par Lydie Arickx en 2014, tel pourrait être le sous-titre de cette première exposition collective, tant le souffle vital semble se propager au travers des œuvres, certes diverses mais partageant toutes l’idée d’une communion avec la nature, que ce soit par la recherche des ressorts inattendus et régénérateurs des matières naturelles, utilisées comme mediums, par l’acte transgressif et révélateur de la dissection – pouvant s’apparenter à une introspection picturale - ou en recourant aux traces diluées de l’encre et du pastel menant la figuration aux limites de ses métamorphoses. 

La réunion des onze artistes présentés permet pour la première fois au regardeur d’embrasser dans une même vision la singulière et frémissante identité artistique de la galerie, faite de matières mouvantes et de rugissements intimes. Esthétique de l’engagement plus que de la contemplation devant les germinations de Lydie Arickx et les masses torturées d’Olivier de Sagazan, auscultation féroce au cœur des sous-bois cendrés et des sculptures écorchées de Cedric le Corf, danse fantomatique au rythme des corps anonymes de Christophe Miralles, affleurement d’une cartographie intérieure dans les traits spontanés et verdoyants de Joël Person, proliférations et délicatesses végétales chez Florence Arnold et Dominique Lacloche, visions telluriques et fantastiques chez Paul de Pignol et Johan Van Mullem, expressivité veineuse et troublée chez Arghaël, étrange occultation de paysages désirés chez le seul photographe du groupe, Jean-Claude Wouters. 

Ces artistes explorent la terre et la chair plus qu’ils ne créent des espaces rêvés. Leurs motifs sont ceux de notre monde, pour le meilleur et pour le pire, sans concession, avec la tendresse de l’amour et la tension de la mort. Empruntant non à un retour au primitivisme mais à la source d’un classicisme sublime, fait de paysages et de figures humaines, soit de « nature et de natures », en écho et en fusion, où sourd en silence la grande histoire de la peinture et de la sculpture, des anatomies de Gautier d’Agoty aux murmures impressionnistes en passant par le Siècle d’Or espagnol. Mais ici revisitée à l’aune d’une contemporanéité soucieuse de la compréhension biologique et de la préservation de la nature. Cette dernière est en effet partout. On veut la sauver, la doter de droits juridiques, l’exploiter avec respect. La prendre encore une fois comme thème étendard d’une exposition pourrait donc sembler facile, si ce n’est qu’ici, dans cette exposition, dans cette galerie, elle n’est pas qu’un carcan à la mode, elle est la chair vivante des œuvres. La nature n’est donc plus le modèle figé, elle est l’œuvre, elle est le paysage vivant, elle est le tourment bilieux de son auteur, elle est le miroir de l’homme et de ses innombrables complexités. « Le végétal est un collaborateur silencieux que j’essaie d’entendre. Je n’impose pas ma vision sur ces feuilles mais la compose avec elles » confie justement Dominique Lacloche.

Car les artistes de la galerie entretiennent tous un lien intime avec le corps – humain ou végétal - et ses sillons secrets comme autant de vallons dans lesquels le regard n’ose au premier abord pénétrer. Abysses de la souffrance ou de l’érotisme, creuset des mutations organiques et des bouleversements de la vie. Des artistes à fleur de peau dont les fragilités et les poésies deviennent des manifestes de résilience ou des cris de survie. A l’encontre de l’immobilisme de l’image, on est dans l’existentialisme de la forme, nécessitant probablement parfois un certain fétichisme ou une sorte de mysticisme animiste. Toutefois, le pouvoir de l’imaginaire passe ici toujours par un geste matiériste, prosaïque ou plus sophistiqué, mais dont la particularité est de laisser le champ libre à l’expérimentation et à l’intuition. Qu’ils miment des états de jouissance ou de morbidité, qu’ils suintent d’hédonisme ou de mélancolie, les figures humaines et végétales présentées dans cette exposition sont des fragments d’émotion, répondant au vaste prisme peint et dessiné courant du formel à l’informel, élasticités virtuoses et intranquilles qui, même quand elles correspondent à la définition de natures mortes sont surtout des présences. On entre libre au royaume des sens.

  • - Julie Chaizemartin, Critique d'art 

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